L’image, un pont entre les êtres

L’IMAGE, UN PONT ENTRE LES ÊTRES.

L’image qui soigne, l’image qui peut soigner, c’était déjà pour moi une expérience et une conviction et cela l’est plus encore après avoir le témoignage de la maman de Théo. https://lamainaloreille.wordpress.com/2015/03/31/renaitre-aux-cotes-de-kirikou/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=18446.html
fiche du film kirikou.

L’image, en effet, a le pouvoir de chercher et de susciter le désir de la rencontre avec l’autre, quand rien ni personne ne paraît pouvoir atteindre une personne enfermée dans son monde interne.
Le photolangage, médiation par l’image photographique d’origine lyonnaise, est aussi une méthode connue pour faire s’exprimer sur des sujets variés des populations qui, souvent en difficulté, sans ce recours à l’image ne pourraient pas s’exprimer, ou du moins avec beaucoup plus de difficultés. L’image, ici la photographie, arrive à mobiliser des ressources et à toucher des zones d’affects et d’émotions souvent ignorées des gens eux- mêmes.
C’est un peu la piste suivie par la psychologue Christine Ulivucci , dans son étude des photos de famille, utilisées dans une perspective transgénérationnelle.http://www.franceculture.fr/emission-du-cote-de-chez-soi-que-nous-racontent-les-photos-de-famille-2014-06-29 Dans son étude, Ces photos qui nous parlent, Une relecture de la mémoire familiale, publiée chez Payot en 2014, Christine Ulivucci explique comment la relecture des photos de famille par ceux qui sont concernés les aide à mieux comprendre leur rôle et leur place dans cette famille, et les dynamiques inconscientes qui y président.
L’image permet d’apercevoir des choses, qui, sans cela, seraient passées inaperçues et même peut être surtout des choses qui ne se voient pas. Dans l’image, le hors champ est aussi, voir presque plus important, que ce qui peut s’observer de façon figurée. Pour le dire autrement, l’image, ici la photographie ou le dessin animé, possède de façon étonnante le pouvoir de susciter la rencontre avec l’autre, qu’il s’agisse d’une rencontre avec soi- même dans ses dimensions inconscientes, ou bien la rencontre avec d’autres que soi, avec des membres de la communauté humaine. Dans le cas de Théo, la rencontre avec ce personnage de dessin animé, si différent de lui par le caractère et par le contexte culturel dans lequel il vit, a provoqué en lui un choc salutaire. Cette première rencontre avec d’autre-que-soi, peut être que pour ce garçon, ou d’autres enfants également enfermés en eux- mêmes, rien d’autre qu’un dessin animé, et encore plus un dessin animé porté par des valeurs de tolérance et de courage, ne pouvait susciter en lui l’étincelle de vie et de désir.
Un dessin animé parle à l’enfant en nous, quel que soit nôtre âge, il n’y a pas d’âge ainsi pour voir et revoir le Roi et l’oiseau, dessin animé de Paul Grimault sur des textes de Jacques Prévert les valeurs défendues par ce dessin animé, crée en 1980, sont toujours d’actualité.http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Roi_et_l%27Oiseau Et les dessins animés des studios Ghibli, et particulièrement ceux de Hayao Myazaki, portent actuellement toujours haut les valeurs de l’humanisme et de la tolérance, avec toujours chez Myazaki et chez les Japonais en général, cet amour et ce respect profond de la nature. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hayao_Miyazaki
Face au rouleau compresseur et à la production de masse de dessins animés ultra-violents et/ ou faits à la chaîne, et vendus comme des boîtes de savonnettes, les dessins animés comme ceux de Michel Ocelot, l’auteur de Kirikou, ont toujours ce pouvoir de nous émouvoir de façon très profonde, voire de nous ramener à la vie. C’est dans cet esprit que Gaele Regnault a créé Kirikou et les enfants extraordinaires, une application pour les enfants autistes. http://www.serious-game.fr/kirikou-et-les-enfants-extra-ordinaires/
« : Kirikou est un enfant curieux du monde et des humains, compréhensif et bienveillant ce qui permet aux enfants trisomiques, autistes ou présentant des difficultés d’apprendre avec des valeurs qui leur parlent. Le réalisateur du dessin animé, Michel Ocelot, a accepté de céder les droits gratuitement. Cela permet d’offrir aux enfants un univers enchanté dans lequel ils se plongent volontiers. »
L’image, ainsi, sur différents supports, nous prouve une fois encore combien, employée et utilisée à des fins humanistes et d’ouverture à l’autre, elle peut être un puissant instrument d’éveil à ce qui nous fait humain et permettre de créer des liens entre les êtres.

la magie de l’instant, photographie et expérience thérapeutique.

LA MAGIE DE L’INSTANT, PHOTO ET EXPÉRIENCE THÉRAPEUTIQUE.

La photographie est un art de l’instant, comme aucune forme d’expression artistique, il sait ancrer dans l’instant et le moment présent. Une photo, c’est souvent être là à un moment précis, à un instant t, et même si la situation photographiée peut se répéter, comme un lever ou un coucher de soleil, jamais un coucher ou un lever ne ressemblera à un autre.
Photographier, c’est être présent, intensément présent dans la densité de l’instant, c’est se situer dans une durée qui n’a rien de commun avec le temps ordinaire. Une seconde, celle où l’on capture la scène peut donner l’impression de se prolonger plusieurs minutes, cette seconde peut se dilater jusqu’à donner le sentiment durer une éternité, un temps infini, qui n’a plus rien à voir avec le temps civil, une sorte d’éternité suspendue.
Et cela, c’est sans compter toute la préparation de la photo, le temps d’observation du sujet, les repérages, ou comment le disait Edward Steichen :» Regarder le sujet, penser à lui avant de le photographier, regardez le jusqu’à ce qu’il prenne vie et vous regarde en retour » (Edward Steichen, notes personnelles, cité dans Steichen, Une épopée photographique, Thames et Hudson, 2007, p.247).
Comme je l’ai dit dans un précédent billet
http://blogs.mediapart.fr/blog/lucile-longre/090613/la-photographie-une-forme-de-meditation,
la photographie est une forme de méditation et contribue grandement à ancrer le photographe dans le présent ainsi qu’à être présent et conscient de ce qu’il aperçoit.
Cela amène la photographie, pour celui qui la pratique, à avoir un fort pouvoir thérapeutique, particulièrement dans les pathologies qui éloignent du réel et de la sensation, du monde du sensible, comme dans la dépression.
En effet, dans cette pathologie où les personnes ont du mal à se sentir en vie et vivants, ont du mal à interagir avec leur environnement, et se sentent enfermées dans une bulle, une chappe qui les empêchent de communiquer avec l’extérieur. La photographie, alors, va leur redonner le sens de l’instant qui passe, elle va les réintroduire, de façon douce et non intrusive, dans la concrétude du moment présent ; la photographie, avec tous les sens qu’elle contribue à éveiller, va de nouveau susciter chez ses personnes le plaisir et le désir d’être en vie et de ressentir.
La photographie, par ce qu’elle implique comme activités intellectuelles et sensations psychiques, est ainsi un puissant moteur et mobilisateur du désir et de la vie psychique. Photographier, c’est dire et éprouver le plaisir d’être en vie, et de transmettre ce désir à son tour, pour celui qui regarde les photos.
La photographie est donc, contrairement à ce que pensait Barthes, non une pratique mélancolique qui tend vers la mort et la souffrance, mais bien un puissant vecteur et mobilisateur de la vie, pour peu qu’on pratique comme une forme de méditation et d’art de vivre.