Le paysage, le sonore, le silence et le bruit.

Le paysage, le sonore, le silence et le bruit.

Dans cet article, je voudrais m’intéresser à ce qui rapproche deux types d’observation et d’enregistrements de l’environnement naturel, à savoir la photographie de nature et le métier d’audionaturaliste.

Un photographe de nature peut être aussi un observateur de la vie animalière, du paysage, de la flore et des arbres ou bien les trois à la fois, et, si il y a certaines différences dans ces trois domaines de la prise de vue, il y a aussi nombre de caractéristiques communes. Un audionaturaliste, profession sans doute beaucoup moins connue du grand public, est quelqu’un qui a dédié sa vie à l’enregistrement des sons de nature. Je vous encourage tous vivement à vous rendre sur les sites de quelques audionaturalistes français comme Fernand Deroussen1 et Marc Namblard 2 pour prendre connaissance de cette profession méconnue mais ô combien passionnante.

Ce qui rassemble ces deux professions pour ce qui est de l’expérience de l’observation naturaliste, c’est la nécessité de l’attente, du silence et de la non intervention.

Pour le photographe, ce sera la quête de la belle lumière sur une fleur ou un paysage, l’attente dans l’affût du passage de l’espèce animale convoitée ; pour l’audionaturaliste, l’attente de la période de l’enregistrement voulu ( par exemple les chants d’oiseaux à l’aube ou bien ceux des oiseaux de nuit), ce qui nécessite, comme pour le photographe voulant capturer un lever de soleil ou un coucher de soleil notamment, d’ être sur place quelque temps avant pour tout mettre en place et que tout soit prêt le moment venu.

Ce qui importe aussi, c’est l’absolue nécessité du silence et de la non intervention. Pour l’enregistrement sonore, c’est une évidence mais pour le photographe aussi. Une espèce animale qui entendrait du bruit ne viendrait pas et pourrait même quitter définitivement les lieux, si elle s’estimait trop dérangée par l’homme. C’est ainsi que, régulièrement des photographes inconscients ou qui sont préoccupés avant tout par leur soif de prédation de la nature et donc peu préoccupés par une éthique de l’observation naturaliste, font fuir par exemple des tétras lyre de leur place de combat ou bien sont la cause du départ d’oiseaux de leur nid ( pour une espèce très convoitée comme les martins pêcheurs par exemple) ce qui peut induire un vrai dérangement de ces espèces animales et parfois les conduire à leur perte.

Une autre caractéristique commune aussi à ces deux professions, c’est un sens aigu de l’observation et pour l’audionaturaliste, un sens de l’écoute particulièrement développé. Le photographe et l’audionaturaliste aiment à observer la nature et en ont ou acquièrent au fur et à mesure une grande connaissance. Marc Namblard est ainsi guide naturaliste et audionaturaliste et il explique sur son site en quoi ces deux professions se rejoignent et se complètent. Une éthique sans faille à l’égard de la nature animent aussi les vrais pratiquants de ces deux métiers, et souvent, un photographe de nature, par exemple, préférera se retirer ou ne pas revenir sur un site, s’il estime que sa présence nuira trop aux espèces présentes sur ce lieu.

Un goût pour la vie sauvage, pour un environnement non encore trop anthropisé, animent également audionaturalistes et photographes de nature, mais ces espaces de vie encore un peu à l’écart deviennent de plus en plus rares et, de nos jours, il arrive peu souvent de trouver des endroits où ne passent pas de voitures et où les passages d’avions dans le ciel soient peu fréquents. La plupart du temps, les seuls moments où l’on peut pratiquer une observation naturaliste un peu indemne de présence et de bruits humains sont l’aube et la nuit. Après, le tumulte reprend reprend son cours, sauf en quelques endroits de campagne ou de montagnes préservés, mais qui deviennent de plus en plus rares.

Je crois fondamentalement que tous les observateurs et pratiquants pacifiques de l’environnement naturel auraient intérêt à mieux se connaître et s apprécier, à confronter leurs expériences de la vie sauvage, afin de sauver ce qui peut encore l’être. La maison Terre brûle et ses occupants avec, préoccupons nous en avant qu’il n’y ait plus rien à préserver, et que nos yeux pour pleurer.

1 https://naturophonia.jimdo.com/accueil/naturophonies-1/

2https://www.marcnamblard.fr/Accueil

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De la lumière comme proto-objet.

De la lumière comme proto objet, cause et origine de la photographie.

Je voudrais ici, après mon article sur «  Le vide et le blanc, contribution à une théorie générale de la photographie[1] » aller plus loin dans ma théorisation de la pratique photographique, en m’attachant en particulier à ce qui  est l’objet de la photographie, c’est-à-dire la lumière.

En effet, toute étude de la photographie, art « d’écrire avec la lumière », ne saurait se passer de l’étude de celle-ci et je souhaiterai montrer que, loin d’être un procédé lié à la mort, au passé et définitivement mélancolique, comme l’ont prétendu beaucoup de théoriciens de la photographie après Roland Barthes, est au contraire définitivement lié au vivant et aux origines de la vie, un art profondément vital.

A la suite de Guy Lavallée, comme je l’ai montré dans mon article sur le vide et le blanc, je postule que le premier contact de l’enfant avec le monde est la lumière (on pourrait aussi y mettre le sonore, à la suite de Suzanne Maiello[2]) :

Voici ce que dit Guy Lavallée, dans son ouvrage, L’enveloppe visuelle du moi :

« Voici ma proposition: le premier « enveloppement » psychique du bébé est d’essence hallucinatoire, il est constitué non seulement d’indistinction dedans-dehors mais aussi d’indistinction entre les différents registres sensoriels. Au fantasme de peau commune à la mère et à l’enfant, tel que le soutient Anzieu, j’ajouterai que la consensualité hallucinatoire positive du touché corporel et de la lumière visuelle étant, en ces temps originels, à son apogée, il se construirait une illusion de « peau visuelle » commune à la mère et à l’enfant. Une peau de lumière diaphane, d’essence hallucinatoire, envelopperait le champ visuel du bébé.(c.f.infra: « Enveloppe visuelle et Moi-peau ») (…)l’hallucinatoire même.

La lumière est donnée au bébé uniquement à la naissance, elle surgit quand il surgit du ventre maternel. Le rayonnement lumineux est chaud comme le corps maternel. La lumière qui jaillit de sa source est, comme l’œil de la mère, le « mamelon » de toute visibilité. La lumière est « symbole de la mère » soutient P.Lacombe (1970) (…)

La lumière ne représente rien, elle fait surgir la figuration. Ainsi en est-il du quantum hallucinatoire, il est la lumière de l’esprit, il ne représente rien. Il est désir de figuration à l’état pur. « Que la lumière soit » est la première décision divine: et le monde de la figuration commença. Nous vivons la lumière comme une réalisation hallucinatoire du désir de voir. La lumière est, en elle-même, l’équivalent d’une hallucination de désir sans contenu. »

Guy Lavallée, L’Enveloppe Visuelle du moi, Paris, Dunod, 1999, p.38.

Et voici la mienne de proposition et d’hypothèse sur la photographie :

La photographie, comme quête et art de la lumière, serait une recherche de cette lumière primaire, une poursuite de ces tous premiers moments de la vie, où, bien avant le langage, l’enfant communiquait avec le monde extérieur par le moyen de cette « peau de lumière » dont parle Guy Lavallée,  qui constitue une membrane commune entre le monde et lui, alors que le petit enfant ne sait pas encore faire la différence entre l’environnement extérieur et lui – même. Et dans toute photo dès lors, il y aurait  ce désir de retrouver une sorte d’origine des temps, comme un désir de renaissance, dans et par la quête de cette lumière des premiers temps, comme une quête hallucinatoire de la lumière comme source et origine de toute vie.

Je souhaiterais appuyer ma démonstration par l’étude de la production photographique de deux photographes, l’un, photographe de nature, vivant dans les Vosges, Christian Hoffner, l’autre, grand photographe de jazz, plusieurs fois récompensé pour son travail, Didier Jallais, tous deux  ayant, chacun dans leur domaine, un art consommé de la lumière.

Lorsque l’on aperçoit pour la première une œuvre de Christian Hoffner[3], et particulièrement une œuvre représentant un paysage, ce qui frappe tout d’abord, ce sont les multiples variations de la lumière qui s’y trouvent  représentées, comme en un chatoiement multiple. L’œil, dès l’abord, comme caressé et bercé dans un berceau de lumière, une lumière qui semble dire au spectateur : «  Viens, nous t’attendions depuis longtemps, viens assister à cette fête de l’œil et de sens. Le monde est beau, le monde est magique, le monde est féerie ». De fait, c’est cette impression de magie, d’assister à une nouvelle naissance du monde qui accueille à chaque fois que nous voyons une photographie de Christian Hoffner. Il y a comme un désir de pureté, de retourner aux origines de monde et de l’humanité, un désir de fraternité et d’humilité devant la beauté de ce qui nous entoure, qui ne peut manquer de saisir chacun qui regarde cette œuvre. Et c’est d’ailleurs le désir profond de son créateur de montrer la beauté de la nature, ainsi que sa fragilité, afin que chacun prenne conscience de la nécessité de la protéger et de la respecter.

Le deuxième photographe auquel je voudrais faire référence est Didier Jallais[4], grand photographe de jazz, plusieurs fois récompensé, mais aussi et notamment photographe de l’Inde et de ses habitants.

Ce qui m’intéresse ici, dans le travail  de ce photographe, c’est le traitement tout à fait particulier de la lumière que l’on remarque dans ses photographies de concert de jazz. La lumière est là LE sujet de la photo, elle en en fait tout l’intérêt, de même que tout le corps de l’objet. Lorsque que l’on aperçoit une de ces oeuvres, la lumière, tout d’un coup, fait jaillir un geste, une expression, un touché hors de l’ombre, et c’est comme si, brusquement, la personne qui réalise ce geste ou a cette expression naissait de cette captation lumineuse. On pourrait presque dire, de manière biblique ou mythologique, avant il  n’y avait rien, le chaos, le noir incrée de la nuit, et brusquement « fiat lux «  et par la grâce de l’objectif de Didier Jallais, la vie et la lumière qui donne vie apparaissent tout d’un coup, et le monde est devenu dès lors  existant  et humain.

L’œuvre de Didier Jallais, peut être plus que tout autre, nous confronte aux mystères de l’origine de la vie et de la conscience, aux racines mythologiques de notre propre existence en tant qu’être vivant et pensant, par cet usage de la lumière comme source de vie et de révélation soudaine de l’existence.

Ainsi, on voit que, si on peut poser l’hypothèse, après Guy Lavallée, d’une peau de lumière, commune au monde extérieur et a lui-même, qui serait, bien avant le langage, le moyen pour le petit bébé d’interagir avec l’environnement extérieur, on peut aussi et à la suite, proposer l’interprétation de la lumière comme proto  objet, avant que n’émerge vraiment la conscience et la différentiation sujet/ objet. La pratique de l’art photographique serait alors une tentative pour retrouver cette lumière des origines, un moyen de fusionner de nouveau avec ce proto – objet, mais dans une réalisation proprement humaine, une œuvre d’art qui emprunte autant aux désirs et à la volonté consciente de l’adulte, qu’aux souvenirs enfouis et inconscients du nourrisson qu’il était.

La photographie, comme quête de ce proto objet qu’est la lumière, se révèle donc bien un art profondément vital, et qui nous ancre autant dans les réalités de notre existence actuelle d’adulte, que dans les songes enfouis du nourrisson, bercé et entouré par cette peau de lumière qui l’environne.


[1] https://imagesetimageurs.com/2016/01/30/le-vide-et-le-blanc-contributions-a-une-theorie-generale-de-la-photographie/

[2] Suzanne Maiello, « L’objet sonore. Hypothèse d’une mémoire auditive prénatale. » (Journal de la psychanalyse de l’enfant, 20, le corps, p.40-66.)

[3] https://www.facebook.com/christian.hoffner.7

[4] https://didierjallais.com/

Créer le merveilleux, au quotidien.

Créer le merveilleux au quotidien.

On pense souvent que le merveilleux et l’extraordinaire ne peuvent venir que de contrées très lointaines et inexplorées. Il est vrai qu’apercevoir des photos de la panthère des neiges est souvent un plaisir rare, et que découvrir des photos du grand nord arctique et des animaux qui y habitent et n’ont jamais vu un être humain est souvent un moment d’une grande émotion.

Cependant, il est possible de connaître aussi l’inouï à côté de chez soi et de découvrir du merveilleux dans un quotidien que l’on pensait pourtant bien connaître.

J’ai toujours adoré découvrir de nouvelles choses, explorer l’inconnu, que ce soit dans le domaine des rêves et de la fiction, en lisant et écrivant des œuvres dépeignant un monde imaginaire et féerique, ou bien en laissant mes yeux et mes oreilles découvrir les beautés de notre planète, que ce soit en me déplaçant moi-même ou bien par l’intermédiaire de photos, de films ou d’enregistrements.

Depuis un certain nombre d’années, ma santé me contraint à réduire mes déplacements de plus en plus, et à présent, je ne puis guère aller plus que mon jardin, et même parfois, je dois juste me contenter de le regarder depuis mes fenêtres.

Néanmoins, je n’ai jamais perdu le goût de la découverte, et le sentiment du merveilleux, de croire que si on le veut bien l’inouï peut surgir même des situations les plus extraordinaires. Je suis photographe de nature depuis une dizaine d’années à présent, et je sais que jamais je ne pourrai produire de ces photos animalières de loups ou de renards qui vous enchantent, et que les paysages qui nous font rêver ordinairement ne sont pas pour moi. Je dois me contenter de ce que j’ai devant les yeux, soit mon jardin à Caluire, dans le Rhône, ou mon jardin à Yzeron, dans les Monts du Lyonnais, dont la vue est assez splendide, il faut le reconnaître.

Je suis limitée à ces deux jardins et d’aucuns me diraient qu’une fois que j’ai pris deux ou trois photos, ça y est, j’en ai fait le tour.

Eh bien, non, et c’est là qu’intervient le métier du photographe et la croyance du rêveur en un monde de l’au-delà du miroir, un monde de féerie, de contes et légendes, pour qui veut bien se donner la peine de regarder autour de soi.

Pour le métier du photographe, il y a au cours des saisons et des heures de la journée différentes occasions de varier les points de vue et les sujets. Ainsi, à Yzeron, les levers de soleil sont toujours fabuleux, et jamais un lever de soleil n’est semblable à un autre. A Caluire, les couchers de soleil et surtout l’heure bleue du soir peuvent être souvent assez fantastiques, et propices à la rêverie.

A différents moments de la journée, comme par exemple la brume à l’aube, ou bien les orages d’été pendant la nuit, le ciel peut prendre des lueurs incroyables, il suffit de guetter le moment opportun et de prendre les photos désirées, et alors, ce décor ordinaire devient tout de suite méconnaissable, et propre à susciter des envies d’inconnu et de découvertes prodigieuses.

Les différentes saisons composent des paysages qui peuvent changer du tout au tout, si l’on sait choisir ces prises de vue et varier les moments de la journée. Ainsi, pour illustrer un conte de Noël, des vues du jardin sous la neige, au lever du jour, seront les bienvenues, alors que des vues des arbres en fleur ou bien des roses épanouies pourront être des images propres à illustrer un poème en hommage au printemps. Je compose souvent ce que j’appelle des « vidéopoèmes », des poèmes en vidéos, où je fais voyager et rêver le spectateur grâce à la lecture d’un poème, illustré par des photos ou des vidéos prises dans un de mes deux jardins, ou, éventuellement, dans un autre endroit que j’aurai pu visiter.

Mon but dans ces vidéopoèmes, comme dans mes contes en vidéo ou dans mes autres œuvres visuelles, est de transporter mon public, le temps de la vidéo ou de la série de photos, dans une autre réalité, celle du monde des rêves et des contes et légendes, mais toujours à partir de mon cadre de vie quotidien.

C’est que je crois fondamentalement que, si l’on sait bien observer autour de soi, la réalité ordinaire peut s’avérer, en fait, être tissée de songes et de féerie. C’est ce que je m’efforce de faire connaître et comprendre par mes œuvres, qu’il n’est pas besoin forcément, d’aller au bout de la planète pour trouver des occasions de s’émerveiller. L’inouï et le voyage vers l’inconnu peuvent très bien commencer juste en regardant par sa fenêtre, pour qui sait regarder et observer comme il faut.

Pour qui voudrait voir des exemples de ma production, il peut

  • Voir mes contes en vidéo

https://vimeo.com/channels/1193097   l’enfant-loup

https://vimeo.com/channels/1428899   le retour du printemps

qu’est ce qu’un « beau » paysage ?

Qu’est-ce qu’un « beau » paysage ?

 

 

Face à un paysage, quel qu’il soit, on a souvent tendance à nous demander s’il est « beau » ou pas, or rien n’est plus complexe que cette question. C’est moins le problème de la beauté qui nous préoccupe ici que de savoir ce qui fait paysage, de savoir ce qui peut être considérer comme paysage, c’est-à-dire digne d’être regardé et distingué du cadre de vie habituel, que l’on ne regarde plus tant il est quotidien et banal.

 

A l’origine de cet article, il y a cette interrogation  devant une vidéo diffusée sur le site Vimeo, et intitulée «  Beautiful Bali ». Je me suis soudain dit, mais « beautiful » pour qui ? Qui décide que tel ou tel endroit est « beautiful », ici Bali en l’occurrence, en vertu de quels critères et à destination de quels publics ?

Cette question nous ramène à l’origine de la notion de paysage, telle qu’a pu la retracer Augustin Berque, notamment, dans nombre de ses ouvrages[1]. La notion de paysage, le sentiment de se retrouver devant un paysage pour un observateur, est né en Chine au IV ème siècle de notre ère, et des poètes, comme Tao Yuan Ming, Xie Lingyun ou bien le peintre et théoricien du paysage Zong Bing ont, entre autres, participés à la création de cette notion.

 

Le sentiment de se retrouver devant quelque chose de remarquable, devant un « beau «  paysage est un sentiment pour « happy few », tel que l’exprime Xie Lingyun. C’est le sentiment d’une élite cultivée, qui sait apprécier les belles choses et se différencie du commun de la population et surtout de ces grossiers paysans :

 

« Car, ce sentiment qui ≪ fait la beaute ≫ (wei

mei), il l’attribue a son ≪ gout ≫ personnel (ici shang,

ailleurs souvent shangxin) ; et d’autres poemes nous

montrent qu’il en a une conception fort exclusive. C’est

son authenticite intrinsèque, tres differente de celle

que Tao Yuanming, au contraire, ressentait dans un

accord cosmique entre les phenomenes de la nature et

son propre choix de vie. Xie Lingyun, c’est en lui qu’il

le porte, ce gout, tout en se lamentant de n’avoir pas

aupres de lui l’elective affinite de qui pourrait, avec

lui, le partager devant le paysage : un de ces happy few

comme lui-meme qui

我志誰与亮 Wo zhi shei yu liang Avec moi comprendrait

clairement ou j’aspire

賞心惟良知 Shangxin wei liang zhi Et seul aurait le gout

de bien le reconnaitre[2]

 »

Xie Linguyn se déclare quasi seul de son espèce à posséder ce « goût » du paysage, qui le met hors d’atteinte et hors de portée de la meute de ses contemporains. Et cependant, sans le travail de ceux-ci et en particulier des paysans, il ne pourrait pas vivre :

« Or nous savons par ailleurs que ce grand seigneur

excursionnait avec une suite de dizaines de personnes,

voire davantage. Un episode fameux lui fait passer

le pic du Midi de Shining a la tete d’une troupe de

plusieurs centaines de cavaliers, s’y faisant abattre des

arbres pour jouir d’une plus belle vue, et surprenant si

fort le gouverneur de la province voisine que celui-ci

crut a l’attaque d’une bande de pillards… Ce meme Xie

Lingyun qui se plaignait tant de sa solitude devant le

paysage qu’il a laisse cette image, reprise par Obi Kochi

dans le sous-titre d’un livre a ce sujet : le poète solitaire

du paysage (kodoku no sansui shijin) !

Ou est-elle donc, cette suite de vassaux et de

serviteurs, alors que Xie Lingyun se dit seul – aussi

solitaire, semblerait-il, que le Wanderer de Friedrich audessus

de sa mer de nuages ? Eh bien, elle est forclose,

et c’est bien normal, puisque Xie Lingyun est seul

a posseder le shangxin qui, devant l’environnement,

permet d’y voir du paysage.

Voila ce que j’appelle le principe de Xie Lingyun.

C’est un principe double. D’un cote, il consiste a

affirmer qu’on possede la clef du paysage, en vertu d’un

gout distingue, inaccessible aux masses qui, de ce fait,

ne savent pas voir le paysage. De l’autre, il consiste a

forclore le travail de masse qui a rendu le paysage possible

– qu’il s’agisse, comme on l’a vu, du travail des paysans

qui ont modele la campagne, ou, plus immediatement,

du travail de ces centaines de cavaliers qui escortaient

Xie Lingyun au pic du Midi de Shining, a moins encore

qu’il ne s’agisse du meme nombre de chevaux, mais

dissimules cette fois sous le capot du Land Rover (ou

du Land Cruiser, peu importe). Grace a quoi, devant le

paysage, tel le Wanderer, on peut se sentir seul face a la

nature.[3] »

 

 

Ainsi, on voit que, dès l’origine, le sentiment d’être devant un paysage et de célébrer sa beauté, est un sentiment ambigu. On peut voir ce cadre de vie comme digne d’être regardé et possédant des caractéristiques intrinsèques de beauté que si l’on est capable de se décentrer, de s’extraire des habitudes quotidiennes pour regarder ce cadre de vie en tant que tel et d’un œil neuf. Mais cela ne peut être effectué que si l’on ne dépend pas étroitement de ce cet environnement pour sa subsistance, et que l’on a le loisir de s’y promener gratuitement et en oisif. En Chine au IV ème siècle en tout cas, ce sentiment du paysage repose, comme le montre Augustin Berque, sur une forclusion du travail paysan.

 

 

Mais on pourrait se demander si cet état de fait n’est pas aussi un peu actuel. Titrer une vidéo «  Beautiful Bali » pour montrer la beauté ce paysage n’est-ce pas aussi oublier la situation quotidienne de ces habitants de ce pays, qui est tout sauf « beautiful », sans oublier les atteintes à l’environnement et à la biodiversité qui sont légion en Indonésie. Aller faire du tourisme dans ces pays, qui souffrent des conditions d’existence et d’un cadre de vie fort dégradé, et en tirer des vidéos vantant la beauté naturelle de ces endroits, n’est-ce pas, là aussi, comme les poètes chinois du IV ème siècle, se considérer comme qualitativement différents des populations locales, ayant le »goût » nécessaire à voir la « beauté » et à pouvoir en parler, tandis que les autochtones n’y voient qu’un moyen d’en tirer leur subsistance et souvent à grande difficulté. Se permettre de faire des jugements de la sorte, n’est-ce pas là aussi profondément méconnaître, mépriser ou passer sous silence ce qui fait le quotidien des gens du cru.

 

Il y a bien sûr, également du tourisme éco-responsable, qui privilégie la relation avec l’habitant et essaye de faire en sorte que les échanges soient moins déséquilibrés, mais cela reste néanmoins du tourisme de pays riches dans des pays qui le sont moins, donc forcément déséquilibré.

 

Aussi, en regardant toutes ces vidéos tournées dans des pays lointains, dont certaines sont fort belles, artistiquement parlant et leurs auteurs, dotés d’une véritable éthique de l’échange et du contact, j’ai néanmoins toujours un sentiment de malaise. C’est toujours cette impression de se réclamer d’une élite qui sait ce qui est beau et digne d’être regardé et conservé, face à des populations locales forcément inférieures et ayant besoin d’être éduqués sur ce point.

Ainsi, depuis l’acte de naissance du paysage en Chine au IV ème siècle de notre ère, le sentiment d’être devant un paysage exige toujours de porter un regard neuf, dégagé des contraintes matérielles éprouvantes, afin de pouvoir se défaire des habitudes quotidiennes du regard ou du non regard sur cet environnement. Reste ensuite à ne pas être bloqué dans un sentiment de supériorité pour « happy few », mais au contraire à faire partager ce bonheur et cet émerveillement devant ce que notre cadre de vie, même le plus quotidien, peut nous offrir de meilleur. C’est là tout l’honneur du photographe ou du documentariste devant un paysage.

[1] Cf. Par exemple La Pensée paysagère, Editions Eoliennes, 2016.

[2] La pensée Paysagère, op.cit. p.62.

[3] Idem, p.62-63.

 

La forêt qui soigne, de la sylvothérapie à la photographie.

La forêt qui soigne, de la sylvothérapie à la photographie.

 

 

De plus en plus, on s’intéresse à la forêt et aux arbres, à leurs vertus, à leur intelligence, et maintenant aussi à leur pouvoir guérisseur.

 

Deux livres, publiés récemment[1][2], ont mis à l’honneur l’intelligence des arbres, phénomène largement méconnu, voire ignoré jusque-là. Les arbres sont capables, sinon d’intelligence, du moins de communiquer entre eux, de s’échanger des informations et de se soutenir. Ils peuvent se prévenir de la présence d’un prédateur, afin de développer des stratégies de défense adéquates, ils peuvent aider les plus faibles d’entre eux, en leur fournissant de la nourriture. Les « parents » ont des méthodes d’éducation de leurs « enfants », afin qu’ils deviennent grands et forts, et parents et enfants développent des liens d’amitié et de soutien entre eux. Bref, le monde des arbres est un monde beaucoup plus complexe que l’on ne pensait jusque-là, et qui a encore beaucoup à nous apprendre.

 

Au Japon, pays où la forêt occupe une place tout à fait particulière dans les mentalités[3][4], on a développé récemment une méthode particulière pour soigner le corps et l’esprit grâce aux arbres, avec le « bain de forêt » ou « Shinrin-Yoku » : 

C’est l’Agence des forêts japonaise qui a la première introduite le terme Shinrin-Yoku au début des années 80. L’idée était d’inciter les Japonais à se promener en forêt et à éveiller les sens du corps aux nombreuses interactions que le milieu forestier offre. L’Agence reconnaissait cette pratique comme une véritable hygiène de vie, mais aucune étude scientifique sérieuse n’avait encore été publiée qui pouvait justifier le sentiment de calme et de bien-être ressentis par les personnes pratiquant le Shinrin-Yoku.

Il faudra attendre le milieu des années 90 pour voir apparaître les premières études scientifiques sur les effets physiologiques de la pratique du Shinrin-Yoku. En 1995, Miyazaki et Motohashi ont été les premiers à mesurer les effets physiologiques de la pratique du Shinrin Yoku. Ils ont observé que des sujets qui passaient 40 min en forêt le matin et l’après-midi voyaient une diminution de leur score pour 5 indicateurs du Profile of Mood States, à savoir la tension, la dépression, l’anxiété, la fatigue et la confusion. De plus, leur taux de cortisol salivaire avait diminué par rapport aux conditions de laboratoire, ce fut la première fois que l’effet déstressant du Shinrin-Yoku était mesuré.

D’autres études sont venues compléter les recherches par la suite. On peut citer la diminution du taux de glucose dans le sang chez 87 diabétiques ayant pratiqué des séances de Shinrin-Yoku sur une période de 6 ans (Ohtsuka et al., 1998). Ohira et al., (1999) ont constaté une augmentation de l’activité des cellules tueuses naturelles et du taux d’immunoglobuline A, G et M dans le sang de 20 étudiants ayant passé huit heures en forêt. Les effets psychologiques de la pratique du Shinrin-Yoku ont également été mesurés. Morita et al. (2007) ont analysé l’humeur de 498 sujets ayant marché en forêt durant 4 jours. Résultats, un meilleur sentiment de vivacité et une baisse de l’hostilité et de l’état dépressif durant la journée de sortie en forêt comparée au jour « contrôle », c’est-à-dire sans sortie en forêt.

De leur côté, Tsutnetsugu et ses confrères se sont intéressés à l’influence des environnements forestiers sur nos sens. En comparant les études sur le terrain et les études en laboratoire, ils ont pu démontrer que nos systèmes sensoriels sont influencés par les informations reçues de façon visuelle, auditive, olfactive et même tactile. Par exemple, les plantes produisent des substances appelées Phytoncides que nous captons par l’odorat et qui ont des impacts sur certains indicateurs. Ainsi, l’odeur dégagée par les Cèdres du Japon (Cryptomeria japonica) a pour effet de faire baisser la pression sanguine systolique et ce dès 40 à 60 secondes après l’inhalation.[5] ».

 

Cette méthode thérapeutique s’est répandue ensuite dans le monde, ainsi par exemple dans les Vosges, avec des personnes formées au Japon[6], sous le nom de «  sylvothérapie ».

 

 

 

On voit donc que l’intelligence des arbres et leur pouvoir thérapeutique sont réels,  et c’est une impression que l’on ressent tout à fait lorsque l’on se fait photographe d’arbres et de forêts.

 

En effet, le sentiment qui domine lorsque l’on photographie dans une forêt, c’est de vivre une expérience où l’on est pleinement connecté au vivant et aux forces de la terre, on sent que l’on est en face d’un être vivant et pensant, mais c’est aussi de vivre une expérience de renaissance, liée à la nature même de la photographie.

 

J’ai déjà montré, lors de précédents articles[7], combien la photographie, art de la lumière, avait de relations avec l’expérience de la naissance et le vécu du nourrisson, et cette expérience se trouve réactualisée, une fois de plus, lors de photographie en forêt.

De fait, les alternances de lumière et d’ombre en sous bois, les multiples jeux du soleil avec les feuillages, tout cela ramène le photographe à ses premières expériences avec la lumière de tout petit nourrisson, quand il ne comprenait pas encore l’alternance du jour et de la nuit. Etre en quête d’un effet de lumière sur des feuillages, d’une trouée de lumière dans un sous-bois, c’est un peu comme chercher à retrouver la lumière du visage maternel, quand cette lueur était le seul langage commun entre mère et enfant, bien avant l’apparition du langage.

Photographier en forêt, jouer avec l’ombre et le soleil, c’est aussi retrouver la premières traces des liens et des jeux avec l’objet maternel, c’est se souvenir de la pénombre fœtale et revivre la venue au jour avec la naissance.

 

Ainsi le pouvoir thérapeutique et régénérant de la forêt se trouve-t-il redoublé par la pratique photographique et son souvenir des expériences originelles. La forêt, comme la photographie, sont des lieux pour se recentrer en soi- même, pour se reconnecter à l’ensemble du vivant et à l’histoire de notre vie. La forêt et la photographie sont deux expériences originaires et originelles.

 

 

 

 

[1] Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres, Les Arènes, 2017

[2] Ernst Zürcher, Nadine Cantaloube, Les arbres, entre visible et invisible – S’étonner, comprendre, agir, Actes Sud, 2016.

 

[3] https://issuu.com/rjannel/docs/existe-t-il_un_mode_de_pens__e_fore

 

[4] http://www.desirdeforet.fr/index.php/nos-publications

[5] http://www.hinnovic.org/le-shirin-yoku-ou-la-nature-comme-medecine-preventive/

[6] https://positivr.fr/sylvotherapie-arbres-vosges-fore%CC%82t-apaisement/?utm_source=ActiveCampaign&utm_medium=email&utm_content=D%C3%A9couvrez+les+derni%C3%A8res+histoires+sur+POSITIVR&utm_campaign=POSITIVLetter

[7] https://imagesetimageurs.com/2016/01/30/le-vide-et-le-blanc-contributions-a-une-theorie-generale-de-la-photographie/

une terre d’appartenance, être photographe de nature à Lyon

Une terre d’appartenance,  être photographe de nature à Lyon.

 

Lorsque l’on fait face à l’œuvre d’un artiste, se pose la question des origines de sa vocation, de ses influences, forcément multiples et diverses, mais aussi de ce qu’il tire de l’endroit d’où il crée, qui est parfois aussi l’endroit qui l’a vu naître, ou dont il se sent l’enfant.

 

 

Je ne parlerai pas ici de racines, au sens restrictif et nationaliste du terme, plutôt sentiment diffus mais néanmoins réel et puissant de faire partie d’une région ou d’un paysage, que celui-ci nous ait vu naître ou qu’on l’ait choisi comme terre d’appartenance. Le sentiment d’appartenance à un lieu semble n’obéir à aucune logique rationnelle, simplement on se trouve dans un lieu, donné ou choisi, et l’on a soudain le sentiment d’être chez soi, enfin, chez soi, dans un endroit où tout résonne avec les fibres internes de notre être, où l’on se sent, pour la première fois en accord intime avec un paysage et une manière d’être, un havre de paix et  d’harmonie.

 

Pour moi, la région lyonnaise est ainsi, mais cela aurait pu être une autre si mon histoire avait été différente. Ma famille paternelle a des origines a dans la région lyonnaise, et en particulier dans les Monts du Lyonnais[1], depuis la fin du XVème siècle. Mais j’ai aussi par ma mère des origines bourguignonnes, lorraines ou normandes, entre autres.

Et pourtant, c’est à Lyon et dans la région autour que je ressens des attaches de nature intime, que je me sens  en accord  profond avec les gens et le paysage. La région de Lyon m’a nourrie, intellectuellement, socialement et affectivement et il n’est pas innocent que ma vocation de photographe de nature soit née précisément à  Lyon, et particulièrement dans les Monts du Lyonnais.

 

Dans ce paysage de douces collines, de lieux  verdoyants et intimes ou de vues majestueuses, j’ai senti une profonde nécessité de témoigner de la beauté de cette région méconnue, je me suis sentie en si complet accord avec ce qui m’environnait que ce paysage fait désormais partie de moi et que je fais partie de lui, dans une sorte d’osmose amoureuse. Je retrouve ici même les mots du peintre et calligraphe chinois Shitao, parlant de sa relation au paysage qui l’entoure en tant que peintre :

 

 

 

: » Il y a cinquante ans, il n’y avait pas encore eu co-naissance de mon Moi avec les Monts et Fleuves, non pas qu’ils eussent été valeurs négligeables, mais je les laissais seulement exister par eux- mêmes. Mais maintenant les Monts et Fleuves me chargent de parler pour eux ; ils sont nés en moi, et moi en eux. J’ai cherché sans trêve des cimes extraordinaires, j’en ai fait des croquis, monts et fleuves se sont rencontrés avec mon esprit, et leur empreinte s’y est métamorphosée, en sorte que, finalement ils se ramènent à moi, Dadi. »

 

Shitao, Les propos sur la peinture du moine Citrouille –Amère, traduit et annoté par Pierre Ryckmans, Plon, 2007, p. 76.

Ces mots de Shitao décrivent bien pour moi les liens qui peuvent s’établirent entre un artiste, peintre, graveur ou photographe, et un paysage, dont l’artiste essaye de rendre compte. Je parle pour mes Monts et pour ma ville, je suis leur interprète et même temps que leur âme- sœur, ils font partie de moi comme je fais partie d’eux, en un tout indissociable.

 

Et en même temps, je me sens l’héritière de ceux qui ont œuvré à Lyon et dans la région avant moi, en tant qu’artistes représentant la nature, en particulier de cette école de peintres nés  au XIXème siècle et au début du XXème siècle[2], et qui ont formés une partie de mon goût et de ce que je suis en tant qu’artiste.

 

En effet, les peintres de paysages lyonnais, que l’on voit immortalisés au début du XIXème siècle dans le tableau de Jean- Antoine Duclaux[3], « La halte des artistes à l’Ile- Barbe » (1824), sont à l’origine d’une partie de ma vocation d’artiste et de mon regard de photographe.  Je leur dois en particulier mon goût pour la lumière et ses différents traitements, qu’ils ont eux- même reçus en héritage de la peinture hollandaise du Siècle d’Or (qui est aussi une de mes références principales en peinture)[4].

 

En effet, comment ne pas penser devant des tableaux de Louis-Hector Allemand[5], de François Vernay[6] ou de François -Auguste Ravier[7] à la lumière et aux rendus particuliers des peintres hollandais, même si ces peintres-là ont subi, évidemment, d’autres influences. Louis- Hector Allemand se réclame en particulier de Jacob Van Ruysdael[8], et cela  se sent dans sa peinture.

 

Cette approche de la lumière chez les peintres lyonnais les fait se  rattacher aussi, à mon avis, dans le droit fil de leurs inspirations des écoles du Nord, à la peinture luministe[9]. En effet, le traitement de la lumière chez Louis- Hilaire Carrand[10], par exemple, comme chez les luministes belges, emprunte à la fois au mouvement impressionniste  la lumière diffuse, fractionnée et ressentie et au réalisme du dessin et de la représentation.

La peinture lyonnaise de cette époque, particulièrement Vernay, Carrand et Ravier, mais aussi Allemand (qui cite Théodore Rousseau[11]), se veut proche de l’école de Barbizon[12] et préfigure en quelque sorte l’impressionnisme, même si elle s’en distingue sur plusieurs points.

 

Cette approche de la lumière et du paysage m’a beaucoup influencée et je suis  particulièrement sensible aux ciels changeants, aux reflets dans l’eau et aux paysages intimes et verdoyants. Une approche aussi un peu romantique de la nature, que l’on peut retrouver également dans l’école lyonnaise, fait également partie de mon bagage artistique et de mon regard de photographe.

 

Ainsi, on voit que même je suis issue, en tant qu’artiste et photographe, d’influences diverses et pas uniquement lyonnaises ou françaises, l’endroit où j’ai choisi de vivre m’a influencé et m’influence durablement dans ma vocation et mon devenir professionnels. Mais ma terre d’appartenance est aussi la nature toute entière et j’inscris mon  art et ma vie dans la communauté de destins de l’espèce humaine en général, je suis aussi citoyenne du monde dans son ensemble.

 

Pour ceux qui voudraient voir mon œuvre de photographe, voici mon site :

 

https://lucilelongre.com/   et ma galerie en ligne  https://www.flickr.com/photos/lucilelongre/albums

 

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Monts_du_Lyonnais

[2] Voir notamment le catalogue d’exposition du musée Paul -Dini,  Voyages en paysages, par monts et vallées, lacs et forêts, de 1830 à 1910, Villefranche- sur Saône, 2009.

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_Duclaux

[4] Pour cette influence, voir le catalogue d’exposition du musée des Beaux- arts de Lyon, Paysagistes lyonnais :1800-1900,  Lyon, 1984, ainsi que le traité sur la peinture du peintre lyonnais Louis- Hector Allemand, Causeries sur le paysage, Lyon, 1877 , où Hector Allemand rappelle à plusieurs reprises l’influence de la peinture hollandaise sur son propre travail.

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Hector_Allemand

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Vernay

[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Auguste_Ravier

[8] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacob_van_Ruisdael

[9] http://www.universalis.fr/encyclopedie/luminisme-peinture/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Luminisme

[10] https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Carrand

[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9odore_Rousseau

[12] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89cole_de_Barbizon

Retrouver l’origine, être photographe de roses à Lyon

Retrouver l’origine, être photographe de  roses à Lyon.

 

 

«  Autour de Lyon maintenant, il ne reste que sept ou huit rosiéristes et des créateurs de rose six ou sept, à l’échelon de la France cela représente 50%.

Une rose sur deux vendue dans le monde a une génétique issue de la région de Lyon. »

Une citation extraite de l’émission de France  Culture  « LSD » consacrée aux roses[1], le 27/12/2016.

 

«  De grand matin, je m’en fus au jardin cueillir une rose.

Soudain me vint à l’oreille la voix d’un rossignol.

 

Le pauvre comme moi était pris d’amour pour une rose

Et par son cri de détresse jetait le tumulte au parterre.

 

Je tournais en ce parterre et ce jardin ; d’instant en instant

Je songeais à cette rose et à ce rossignol.

 

La rose était devenue compagne de la beauté, le rossignol

L’intime de l’amour,

En lui nulle altération, en l’autre nulle variation.

 

Quand la voix du rossignol eut mis sa trace en mon cœur,

Je changeais au point que nulle patience ne me resta.

 

En ce jardin tant de roses s’épanouissent, mais

Personne n’a cueilli une rose sans  le fléau de l’épine.

 

Hâfez, du monde en sa rotation n’espère l’apaisement :

Il a mille défauts et n’a pas une faveur ! »

 

Hafez de Chiraz, Ghazal 456, in Le Divan, Poèmes de Hafez de Chiraz, traduits du persan par Charles- Henri de Fouchécourt, Verdier- Poche, 2006, p.1110.

 

 

 

 

 

Etre photographe de roses à Lyon, c’est un peu se croire au paradis, au paradis des roses et de la photographie.

 

J’ai traité lors d’articles précédents du lien entre photo et paradis et tout ce qui a rapport à l’origine[2], ici je traiterai  plus  particulièrement du rapport entre photos et roses, et particulièrement des roses de Lyon et alentour.

 

Il est de notoriété publique que la ville de Lyon et la région lyonnaise dans son ensemble ont été et sont encore un grand  centre pour la culture de la rose[3]. L’âge d’or a surtout eu lieu entre la  seconde moitié du XIX ème siècle et 1914, et de grandes maisons, Meilland- Richardier ou Laperrière sont nées à cette époque et existent encore maintenant.

 

Le pacte d’amour entre Lyon et la rose est né grâce à l’initiative de l’impératrice Joséphine de Beauharnais, qui, grande amatrice et connaisseuse de fleurs et aimant beaucoup aussi Lyon, céda une partie de sa collection de roses à la ville de Lyon en 1805. Celles-ci furent d’abord  accueillies dans le Jardin des Plantes, sur les pentes de la Croix- Rousse, puis, une fois le Parc de la Tête d’or édifié par les frères Bühler en 1858, elles y furent transférées. Plus tard, une roseraie de concours y fut construite. Le parc comporte désormais 3 roseraies[4]. La Société française des roses y a son siège[5]

Les roses sont aussi importantes dans la région lyonnaise, avec notamment la roseraie botanique de Caluire ou bien celle de Saint-Galmier.

 

Etre photographe à Lyon, c’est aussi vivre dans une ville qui a vu naître les frères Lumière, les  inventeurs du cinéma et de la photographie autochrome, c’est donc perpétuer un peu, à sa mesure, l’héritage et le renom lyonnais en matière de création d’images.

 

Etre photographe de roses, c’est un peu aussi se sentir l’héritière de tous les poètes qui ont chanté  la  rose, en particulier  les poètes persans. En effet, dans la  poésie persane, le thème de la rose est très important, et toujours associé au thème de l’amour[6]. Le visage de  la bien-aimée est comparé à la rose, et la rose est toujours accompagnée du rossignol. Celui-ci en est toujours amoureux, mais la rose a souvent des épines, aussi le rossignol est-il souvent comparé à l’amoureux blessé. Dans la mystique persane, la rose et le  rossignol sont également une figure symbolique du maître et de son disciple, car  la rose ne cesse d’attirer le rossignol et de s’ouvrir chaque  fois un peu plus, lui dévoilant de  plus en plus de merveilles.

 

Le photographe de roses est alors un peu dans la  position du rossignol. Il souhaiterait  pénétrer le mystère de la rose en la photographiant, et devenir rose lui- même, mais la rose se dérobe sans cesse  à lui. Pourtant son mystère demeure et l’attire toujours un peu plus. Le paradis des roses, le printemps de l’âme si bien chanté par les poètes persans reste ancré profondément dans le cœur de tout photographe de roses.

 

Ainsi être photographe de roses à Lyon, c’est à la fois pénétrer le cœur de la rose et le cœur de la photographie. Etre photographe de roses à Lyon, c’est  retrouver le goût de l’origine et du paradis perdu, être photographe de rose à Lyon, c’est retrouver le goût du sacré et de la quête  mystique.

 

Les personnes désirant connaître mes photos de roses peuvent se reporter à ma galerie en ligne, où plusieurs albums sont consacrés aux roses :

https://www.flickr.com/photos/lucilelongre/albums

 

 

[1] https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/ou-est-passe-le-parfum-des-roses-24-des-roses-en-heritage

[2] Voir notamment  https://imagesetimageurs.com/2016/05/29/le-gout-du-paradis-perdu-de-la-photographie-comme-langage-de-lorigine/?iframe=true&theme_preview=true

[3] Voir en particulier l’ouvrage de Nathalie Ferrand, Créateurs de roses, à la conquête des marchés, 2015, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble.

[4] Plus de détails sur ce parc  https://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_de_la_T%C3%AAte_d’Or

[5] http://societefrancaisedesroses.asso.fr/index.htm

[6] Voir notamment http://www.teheran.ir/spip.php?article994#gsc.tab=0,  , Charles –Henri de Fouchécourt, La description de la nature dans la poésie  lyrique persane du Xième siècle, Inventaire et analyse des thèmes, Paris, 1969, Librairie C Klincksieck,, Annemarie Schimmel «  Rose und Nachtigall »,revue Numen, vol V. , fasc. 2 , avril 1958, p.85 à 109, Paul Humbert, « Fidoursi et  la rose », Mélanges N. Nidermann, Neuchâtel, 1944, p. 49 -62.