l’image satirique, une insupportable rebelle

L’IMAGE SATIRIQUE, UNE INSUPPORTABLE REBELLE.

Ce billet a pour but de mettre en perspective historique l’image satirique ainsi que de dégager ses principaux caractères, en tant qu’image d’abord, en tant qu’image satirique ensuite.
L’image parle d’abord aux sens et aux émotions, beaucoup plus sûrement et beaucoup rapidement qu’un texte. Une image peut tout aussi bien émouvoir, enthousiasmer, captiver, hypnotiser, sidérer ou indigner une personne, tout dépend de l’image, du contexte et de la personne qui la reçoit et l’image satirique ne fait pas exception à la règle. L’image est donc un puissant levier des consciences, et à fortiori, l’image satirique. Mais ce dessin satirique ajoute une autre dimension, celle des relations avec le pouvoir en place et donc avec ce qu’il est permis de critiquer ou non dans telle société donnée. L’histoire de l’image satirique est donc l’histoire de ses relations avec la censure, officielle ou officieuse.
En effet, l’image satirique n’est pas d’un bord politique particulier, elle ne véhicule pas une idéologie particulière, elle se veut avant tout une protestation, parfois véhémente, contre le pouvoir en place ou contre des lois ou des idées précises. L’image satirique est avant tout contre, contre quelqu’un ou quelque chose, elle est une manifestation de l’esprit de rébellion, elle est une insupportable rebelle.
Cela ne veut pas dire qu’elle a toujours le beau rôle de défenseurs des libertés et des droits de l’homme, elle exprime une révolte contre un état de fait jugé pour le moins malvenu.
Déjà sous la Révolution, se combattaient caricatures révolutionnaires et contre-révolutionnaires (voir à ce sujet les travaux de Claude Langlois), mais c’est à partir du règne de Louis-Philippe que démarre vraiment une presse satirique digne de ce nom. Le dessin du roi Louis-Philippe en forme de poire par le dessinateur Philippon valut la renommée à son auteur en même temps que de gros ennuis avec la censure. Et durant la période de l’Ordre Moral qui vit s’affronter partisans et adversaires de la République avant l’instauration de la République, Troisième du Nom en 1879, l’image satirique, fer de lance du combat républicain, et la censure s’affrontèrent ardemment (voir à ce sujet, La caricature entre République et censure (1830-1880), ouvrage collectif, Presses Universitaires de Lyon, 1996).
L’image satirique eût un rôle beaucoup moins glorieux durant la première guerre mondiale, où allemands et français rivalisèrent de caricatures sur le soldat ennemi, et beaucoup plus douteux encore durant la seconde guerre mondiale, avec les caricatures de juifs ou bien dans les dessins de la presse collaborationniste (voir à ce sujet, Christian Delporte, Les crayons de la propagande, éditions du Cnrs, 1993).
L’image satirique n’est donc jamais tiède, elle n’est jamais une demi-mesure mais vise au contraire à dénoncer les travers supposés d’une personne ou bien les effets nocifs d’une loi, notamment. Elle vise à capter le lecteur et à emporter son adhésion ou du moins à susciter sa réflexion.
L’image satirique peut enthousiasmer, fasciner, indigner les personnes, elle ne laisse jamais personne indifférent. Encore faut-il pour cela que la liberté d’expression puisse s’exprimer. Un pays avec une presse satirique vivante et diverse est un pays où les citoyens peuvent librement exprimer leurs idées et en débattre, souhaitons que cela reste le cas dans notre pays.

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