Qu’est ce qui nous anime dans le cinéma d’animation ?

 

Qu’est ce qui nous anime dans le cinéma d’animation ?

 

On peut se poser la question, pour désigner l’image animée, de l’appellation, dessin animé ou cinéma d’animation, et surtout de ce terme « animé » ou « animation » qui pourrait sous-entendre qu’il y a des dessins inanimés, des images figées ou sans vie.

J’ai déjà montré, lors de précédents billets, combien la photo par exemple, loin d’être un objet mélancolique, comme le pensait à tort Roland Barthes, était au contraire plein de potentialités de vie, et un rappel vivifiant de l’origine de notre vie[1].

Non, la différence entre une image fixe et un dessin animé est à chercher ailleurs. Une bande dessinée peut nous faire rêver et voyager dans des mondes imaginaires, comme ceux proposés en leur temps par Roger Leloup dans « Yoko Tsuno », on peut rester longtemps devant des photos de paysages, comme ceux de la Bretagne proposées par le collectif de photographes bretons Breizhcapes[2], mais le cinéma d’animation nous propose un autre genre d’expérience, plus immersive et peut être plus totale.

 

Nous avons tous été bercés, petits, par les dessins animés et la bande dessinée, mais beaucoup d’entre nous continuent, adultes, à aimer et à apprécier ces modes d’expressions artistiques.

Il ne s’agit pas, comme on le dit facilement, d’avoir conservé son âme d’enfant ou, au contraire, d’être resté bloqué à un stade infantile de la personnalité. Non, bien au contraire, pour aimer le dessin animé et la bande dessinée, il faut croire en l’image, et en son processus d’animation et de transformation psychique. Aimer le dessin animé, c’est croire aux pouvoirs de l’image, croire que des images puissent changer notre vision du monde, c’est avoir assez de souplesse d’esprit pour désirer connaître des mondes inconnus, c’est aimer être surpris, ému et bouleversé par une histoire en images, c’est croire que des images puissent changer le monde.

 

Le cinéma d’animation emprunte souvent les aspects du merveilleux ou du conte initiatique, et c’est ce que pourraient lui reprocher des esprits chagrins, mais il ne fait rien d’autre que reprendre les procédés des mythes et des contes et légendes, qui ont aidé tant de générations à comprendre et à interpréter le monde qui les entoure.

Le dessin animé actuel, qu’il s’enracine dans une actualité brûlante, comme Valse avec Bachir[3] ou bien emprunte plus au merveilleux et au conte de fées comme les dessins animés des Studio Ghibli[4], nous parle toujours de nous et de notre temps, et avec plus de force, je pense, que ne pourrait le faire un simple documentaire ou un texte sur le sujet.

Nous avons tous en nous une vie imaginaire, plus ou moins cachée, faite d’images et de récits vécus, entendus ou rêvés, et la force du dessin animé est d’aller solliciter en nous ce pouvoir imageant, ce pouvoir de rêve. On peut traiter dans un dessin animé de sujets fort graves, comme dans Valse avec Bachir déjà cité ou comme dans le Tombeau des Lucioles[5] d’Isao Takahata, qui est un film très sombre, mais qui, par la grâce de l’image, est d’une beauté stupéfiante et hors normes. On en sort bouleversé, transformé à jamais, et bien plus que n’importe quel texte de dénonciation ou n’importe quel documentaire sur Hiroshima et Nagasaki. Dans un genre différent, le manga Gen d’Hiroshima « un manga de Keiji Nakazawa publié entre 1973 et 1985 dans plusieurs périodiques japonais[6] », a aussi une grande force graphique, mais sa très grande violence peut heurter et repousser un certain nombre de gens.

Le dessin animé, du moins lorsqu’il n’est pas produit à la chaîne dans des usines à blockbuster, a ce pouvoir de nous transformer, de nous émouvoir en sollicitant les forces de vie en nous, les forces du rêve, il mérite donc bien son nom de cinéma d’animation, qui anime et renouvelle en nous notre potentiel de vie psychique[7].

 

 

[1] Voir notamment le billet suivant  https://imagesetimageurs.com/2016/01/30/le-vide-et-le-blanc-contributions-a-une-theorie-generale-de-la-photographie/

[2] http://www.breizhscapes.com/

[3] http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=125077.html

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Studio_Ghibli

[5] http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=10251.html

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Gen_d’Hiroshima

[7]  Voir  aussi à ce propos le billet suivant  https://imagesetimageurs.com/2015/04/16/limage-un-pont-entre-les-etres/

 

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plaidoyer pour l’imaginaire et la créativité en général

Plaidoyer pour l’imaginaire et la créativité en général.

Ce soir, la Grande Librairie était consacrée à la littérature jeunesse, avec cette question, comment amener les enfants à la lecture ? Cette émission, fort passionnante, m’a amené à la question suivante et complémentaire de la précédente, comment amener les enfants à cultiver et enrichir leur imaginaire, à en faire une richesse que personne ni aucun évènement ne pourra leur enlever.

On sait bien, que dans des circonstances particulièrement difficile, la possibilité de pouvoir recourir à l’imagination et à la créativité peuvent sauver des vies et rendre le quotidien, fut-il atroce, moins difficile. Les déportés qui pouvaient se rappeler des poèmes ou des recettes de cuisine apportaient une étincelle de rêve à leurs camarades. Je pense aussi à Olivier Messiaen composant au stalag, ou bien, plus près de nous, à cette émission de Bernard Pivot, tournée en Géorgie, après la guerre civile, où une femme de lettre a raconté comment, à défaut de chauffage en plein hiver, la poésie de Charles d’Orléans lui a tenu lieu de couverture et combustible.
Toutefois, c’est moins de littérature que je voudrais parler ici, que d’image, qu’elle soit fixe ou animée. Dans imaginaire, il y a image, et je crois fondamentalement à la vertu des images comme source de vie et de richesse intérieure.

Plaidoyer pour l’imaginaire

L’image, un pont entre les êtres

L’IMAGE, UN PONT ENTRE LES ÊTRES.

L’image qui soigne, l’image qui peut soigner, c’était déjà pour moi une expérience et une conviction et cela l’est plus encore après avoir le témoignage de la maman de Théo. https://lamainaloreille.wordpress.com/2015/03/31/renaitre-aux-cotes-de-kirikou/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=18446.html
fiche du film kirikou.

L’image, en effet, a le pouvoir de chercher et de susciter le désir de la rencontre avec l’autre, quand rien ni personne ne paraît pouvoir atteindre une personne enfermée dans son monde interne.
Le photolangage, médiation par l’image photographique d’origine lyonnaise, est aussi une méthode connue pour faire s’exprimer sur des sujets variés des populations qui, souvent en difficulté, sans ce recours à l’image ne pourraient pas s’exprimer, ou du moins avec beaucoup plus de difficultés. L’image, ici la photographie, arrive à mobiliser des ressources et à toucher des zones d’affects et d’émotions souvent ignorées des gens eux- mêmes.
C’est un peu la piste suivie par la psychologue Christine Ulivucci , dans son étude des photos de famille, utilisées dans une perspective transgénérationnelle.http://www.franceculture.fr/emission-du-cote-de-chez-soi-que-nous-racontent-les-photos-de-famille-2014-06-29 Dans son étude, Ces photos qui nous parlent, Une relecture de la mémoire familiale, publiée chez Payot en 2014, Christine Ulivucci explique comment la relecture des photos de famille par ceux qui sont concernés les aide à mieux comprendre leur rôle et leur place dans cette famille, et les dynamiques inconscientes qui y président.
L’image permet d’apercevoir des choses, qui, sans cela, seraient passées inaperçues et même peut être surtout des choses qui ne se voient pas. Dans l’image, le hors champ est aussi, voir presque plus important, que ce qui peut s’observer de façon figurée. Pour le dire autrement, l’image, ici la photographie ou le dessin animé, possède de façon étonnante le pouvoir de susciter la rencontre avec l’autre, qu’il s’agisse d’une rencontre avec soi- même dans ses dimensions inconscientes, ou bien la rencontre avec d’autres que soi, avec des membres de la communauté humaine. Dans le cas de Théo, la rencontre avec ce personnage de dessin animé, si différent de lui par le caractère et par le contexte culturel dans lequel il vit, a provoqué en lui un choc salutaire. Cette première rencontre avec d’autre-que-soi, peut être que pour ce garçon, ou d’autres enfants également enfermés en eux- mêmes, rien d’autre qu’un dessin animé, et encore plus un dessin animé porté par des valeurs de tolérance et de courage, ne pouvait susciter en lui l’étincelle de vie et de désir.
Un dessin animé parle à l’enfant en nous, quel que soit nôtre âge, il n’y a pas d’âge ainsi pour voir et revoir le Roi et l’oiseau, dessin animé de Paul Grimault sur des textes de Jacques Prévert les valeurs défendues par ce dessin animé, crée en 1980, sont toujours d’actualité.http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Roi_et_l%27Oiseau Et les dessins animés des studios Ghibli, et particulièrement ceux de Hayao Myazaki, portent actuellement toujours haut les valeurs de l’humanisme et de la tolérance, avec toujours chez Myazaki et chez les Japonais en général, cet amour et ce respect profond de la nature. http://fr.wikipedia.org/wiki/Hayao_Miyazaki
Face au rouleau compresseur et à la production de masse de dessins animés ultra-violents et/ ou faits à la chaîne, et vendus comme des boîtes de savonnettes, les dessins animés comme ceux de Michel Ocelot, l’auteur de Kirikou, ont toujours ce pouvoir de nous émouvoir de façon très profonde, voire de nous ramener à la vie. C’est dans cet esprit que Gaele Regnault a créé Kirikou et les enfants extraordinaires, une application pour les enfants autistes. http://www.serious-game.fr/kirikou-et-les-enfants-extra-ordinaires/
« : Kirikou est un enfant curieux du monde et des humains, compréhensif et bienveillant ce qui permet aux enfants trisomiques, autistes ou présentant des difficultés d’apprendre avec des valeurs qui leur parlent. Le réalisateur du dessin animé, Michel Ocelot, a accepté de céder les droits gratuitement. Cela permet d’offrir aux enfants un univers enchanté dans lequel ils se plongent volontiers. »
L’image, ainsi, sur différents supports, nous prouve une fois encore combien, employée et utilisée à des fins humanistes et d’ouverture à l’autre, elle peut être un puissant instrument d’éveil à ce qui nous fait humain et permettre de créer des liens entre les êtres.