qu’est ce qu’un paysage sonore ?

Qu’est-ce qu’un paysage sonore ?

 

Il ne m’appartient évidemment pas de trancher cette question, débattue depuis la  parution du livre de Raymond Murray Schaffer The tunning of the world (1977), paru en France sous le titre Le paysage sonore (1979, 2010), et l’édition de 2010, précisait encore Le paysage sonore, le monde comme musique.

Beaucoup d’ouvrages et d’articles ont été consacrés depuis au débat autour de la notion de « paysage sonore », traduction de l’anglais « soundscape », formé par analogie avec « landscape ».

Je voudrais juste, en tant que pratiquante du sonore et en tant que photographe ayant réfléchit depuis quelques années sur la notion de paysage apporter ma modeste contribution au débat.

 

En effet «  un paysage sonore est-il un univers sonore, un espace sonore, un paysage phonique, un environnement sonore, une ambiance, une ambiance sensible ou l’équivalent de la vie sociale des sons [1] ? ». Ces questions et encore bien d’autres peuvent se poser à propos de cette notion controversée, qui se trouve à la frontière et est utilisée par tant de domaines.

De fait, quoi de commun, entre des recherches historiques (de l’antiquité à l’histoire contemporaine) ethnomusicologiques (pour la partie de l’ethnomusicologie qui s’intéresse à l’anthropologie musicale) ou encore géographiques( par exemple sur la notion de cartographie sonore) sur ce concept, qui est cependant d’une nature tout à fait heuristique, si l’on en juge par l’abondance des productions en ce domaine.

Et pour ce qui est des pratiquants du sonore, dont l’œuvre peut se rattacher peu ou prou au paysage sonore, sous quel vocable ou quelle école de pensée pourrait-on rattacher des artistes si différent que Yoko Higashi, artiste japonaise vivant à Lyon, qui avec ses « photogrammes » s’inspire d’enregistrement de ses lieux de vie pour les recombiner ensuite en studio[2], Gilles Malatray et ses PAS, parcours audio sensibles, où l’artiste parcourt un lieu donné avec une ou plusieurs personnes en décrivant ce qu’ils voient[3], ou bien les «  Phonographies, paysages sonores en écoute »[4] de Stéphane Marin, comme par exemple Matins d’Ariège ?

 

Ou bien encore comment qualifier ma propre activité d’enregistrement sonore, où j’utilise bien souvent mes captations sonores pour sonoriser mes diaporamas ou mes vidéos, il s’agit là encore d’un »paysage sonore » souvent recréé.

Ainsi, il n’y a jamais d’écoute ou d’enregistrement « innocent » de l’environnement ambiant, comme dans la  photographie, il y a toujours une intentionnalité dans l’écoute, quand bien même celle-ci se voudrait la plus fidèle possible à ce qui a été perçu. Comme dans la photographie, l’ambiance sonore est entendue par une  personne, qui la réinterprète au filtre de sa propre subjectivité. Et même si  l’enregistrement issu de cette écoute n’est pas retravaillé, de façon électroacoustique ou autre, à la manière de Bernard Fort[5], il est de toute façon une reconstruction et une réinterprétation. Il n’existe aucun paysage sonore qui serait « pur, vierge et sans trace », au contraire de ce que semble un peu croire Raymond Murray Schaffer dans son ouvrage, qui paraît un peu trop idéaliser, selon moi, les environnements sonores du passé. Ainsi, l’ambiance sonore de la Rome antique ne devait pas beaucoup correspondre au topos d’un paysage sonore ancien calme et agreste, topos auquel paraît quelque peu souscrire Murray Schaffer.

 

A l’opposé, il existe des espaces de réflexion  qui prolongent et dépassent cette notion de paysage sonore. Je pense ici, par exemple, au collectif Milson[6] » Pour une anthropologie des espaces sonores », qui se donne pour tâche d’étudier de façon anthropologique les environnements sonores dans le monde, ou bien au  centre de recherche grenoblois du Cresson[7] : « Le CRESSON (centre de recherche sur l’espace sonore & l’environnement urbain) est une équipe de recherche architecturale & urbaine, fondée en 1979, à l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble.

À l’origine centré sur l’espace sonore, le CRESSON a fondé sa culture de recherche sur une approche sensible et située des espaces habités. Ces recherches s’appuient sur des méthodes pluridisciplinaires originales, à la croisée de l’architecture, des sciences humaines et sociales et des sciences pour l’ingénieur. »

Aussi, il importe, même si cette notion de paysage sonore est importante et riche en réflexions, de ne pas se réduire à une stricte étude du sonore si l’on veut étudier l’environnement ambiant, ce qui priverait l’étude de tout arrière-plan ou de toute mise en perspective ; il est nécessaire également de ne pas croire en une écoute naïve et vierge de tout apriori ni préjugé, ni d’idéaliser un passé sans aucune «  pollution sonore ».

Ainsi, il existe bien un paysage sonore, mais d’une part, celui-ci peut être compris et étudié sous différents aspects et par divers domaines des connaissances, et d’autre part, le paysage sonore, de quelque façon qu’on le considère, est toujours une recréation et une reconstruction. Il n’existe pas  de paysage sonore idéal, ni maintenant, ni dans le passé. Le paysage est ce que nous  en faisons.

 

 

[1] Sybille Emerit, Sylvain Perrot, Alexandre Vincent, Le paysage sonore de l’Antiquité, méthodologie, historiographie et perspectives, Le Caire, 2015, Institut français d’archéologie orientale, p. 11.

[2] https://www.francemusique.fr/emissions/alla-breve-l-integrale/photogrammes-de-yoko-higashi-diffusion-integrale-14686

[3] https://desartsonnants.wordpress.com/

[4] http://www.espaces-sonores.com/ecoutes

[5] https://www.facebook.com/lamusiquedesoiseauxetlepaysagesonore/?fref=ts

[6] http://milson.fr/

[7] http://aau.archi.fr/cresson/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s