vers l’harmonie, photographie et voie de l’arc

Vers l’harmonie, photographie et voie de l’arc.

 

Procéder à une réflexion mêlant photographie et voie de l’arc, le kyudo, qui est un des arts martiaux enseignés au Japon, peut sembler étrange à première vue, mais nous verrons que  les points de comparaison et de ressemblance sont nombreux, et peuvent notablement enrichir la pratique et l’art de vivre photographiques.

 

Prenons le kyudo, tout d’abord, voici ce qu’en dit un grand maître de cette discipline :

 

Pensées du maître Anzawa, maître de kyudo, la voie de l’arc japonais,.

 

: « Le tir doit revêtir une forme sage et profonde, grande et suprême. L’expression naturelle de soi- même par le tir doit être la réalisation de l’unité des trois principes : « le vrai, le bien, le beau. »

Principe fondamental : une vie, un tir. Engagez toute votre vie au tir d’une flèche. Le tir s’apprend sans verbe.

Si vous voulez vivre dans l’accord du ciel et de la terre, accord qui est la voie du tir, ne cherchez pas à atteindre le but. Ne recherchez pas le plaisir du but, prenez le chemin de l’union entre  l’âme et le corps.

L’identification de la conscience du tir et de l’acte du tir, voilà la vraie forme du tir. Tout entraînement qui manque l’esprit de la voie peut contenir la violence. Le tir sans la voie devient toujours un tir médiocre et dégénéré.

Le « vrai soi » c’est-à-dire  le soi authentique, c’est la divinité, la bouddheité ou  l’égo profond (selon la terminologie que vous préférez) mais c’est surtout l’âme immortelle qui réside physiquement au ventre (tanden). Cette âme pure qui existe au tanden travaille efficacement, et c’est exactement ce qui doit être nommé le « vrai soi ».

Les disciples du shado qui veulent vivre dans cette voie suprême et noble ne doivent jamais oublier, même pour un instant, le grand esprit de désintéressement, d’abandon de soi, qui peut permettre d’entrer dans le monde sacré de l’absolu, du non –égo, et d’y réaliser  le beau suprême.

Donc il faut faire la différence fondamentale entre la voie

du tir :kyudo ou shado – et la technique du tir : kyûjutsu.

Le kuydo ou shâdô est une épreuve  de soi crée par  la relation qui existe entre la cible et le soi, tandis que le kyûjutsu de  l’âge féodal était avant tout le maniement de l’arme visant au meurtre de l’ennemi. [1]»

Le kyudo, comme les autres arts martiaux du Japon, et comme les différentes « voies » japonaises (celle du thé, de la calligraphie…), est avant toute une recherche d’harmonie, d’union du corps et de l’esprit, d’union du microcosme et du macrocosme :

«   D’une extrémité de son arc, l’archer perce le ciel ; à l’autre bout, fixée à un fil de soie, est la terre, disait maître Awa. C’est le « un tir, une vie »des archers japonais. Cela exprime l’harmonie universelle profonde, fragile et indestructible qui doit être celle de l’archer.

La voie est là. Souffle, Harmonie et Amour s’y confondent. Désir, Tension, Angoisse, Volonté, Peur, Passion la précèdent, c’est-à-dire tout ce qui est humain donc perception au premier degré des formes et des réalités. Dans cette situation, l’homme est son propre obstacle, sa flèche s’arrêtera à la cible. L’homme  ne peut être changé, la voie du budô- qui n’est là que pour accomplir la  mutation intérieure- ne peut être réalisée. [2]»

 

C’est bien cela qu’est, que doit être avant tout la photographie, avant que d’être une technique, c’est toute une philosophie et tout un art de vivre qui doit accompagner la  pratique de la photographie. La photographie, ce n’est pas clic –clac appuyer sur un bouton et l’envoyer instantanément sur les réseaux sociaux, aussitôt faite, aussitôt oubliée.

Non, une photographie c’est comme un tir au kyudo, c’est un véritable art, une vraie discipline de  l’esprit et du corps, qui engage totalement la personne qui la fait. Et comme au kyudo, la photo, comme un tir à l’arc, est pensée et réalisée avant, pendant et après le moment décisif, qui n’est qu’un moment, certes important, mais un moment dans une longue chaîne de gestes et de pensées.

Comme je l’ai dit dans différents billets, mais que je redis plus nettement dans celui-ci, la  photo est avant tout méditation, contemplation, elle est le résultat d’une mutation intérieure indéfiniment continuée. La photographie est recherche d’harmonie en soi et hors de soi, elle est une  recherche d’unité et de communion à l’ensemble du vivant.

Comme pour un tir, une photo se pense longtemps avant que d’être prise, on la porte en soi, on la mûrît, on fait des essais et des erreurs, et chaque cliché est une marche de plus vers cette transformation du corps et de l’esprit qu’est la photographie.

Photographier, c’est n’aspirer qu’à faire un avec son objet, photographier, c’et se faire arbre, se faire oiseau, photographier, c’est apprendre à penser loup, apprendre à penser rivière, comme l’archer ne doit faire qu’un avec son arc et sa cible, toucher sa cible, prendre la photographie viendra quasiment par surcroît.

Et les gens qui viendront voir cette photographie, alors, ne verront pas seulement un cliché, si réussi soit-il, ils viendront voir, ils viendront entrevoir cette expérience et cette aventure intérieure qu’est la photographie, avec en eux, peut- être, l’envie de commencer ou de continuer leur chemin intérieur, leur chemin de vie.

Car c’est cela que  peut apprendre fondamentalement la photographie, aller voir au-delà, au –delà du visible et des certitudes établies, entrouvrir les portes du rêve et de  l’imagination, afin que chacun puisse s’emparer de sa propre vie et trouver sa propre voie d’harmonie.

A côté des grandes voies d’initiation, les arts martiaux, la calligraphie, le thé  ou les fleurs, j’ose espérer qu’il y a encore une place pour une autre voie, peut-être plus modeste, mais non moins nécessaire, celle de la photographie, envisagée comme philosophie et comme art de vivre. Et c’est ainsi que, jour après jour, je m’efforce de la pratiquer.

[1] Michel Random, Les arts martiaux, la voie des budo, Budo Editions- Les Editions de l’Eveil, p.125.

 

[2] Les arts martiaux, op. cit. p. 73.

 

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4 réflexions sur “vers l’harmonie, photographie et voie de l’arc

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  2. Pingback: la quête de l’harmonie, photographie et (re)cosmisation du monde | IMAGES ET IMAGEURS

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