qu’est-ce-que prendre en photo ?

QU’EST-CE-QUE PRENDRE EN PHOTO ?

On dit prendre en photo selon l’expression consacrée, mais qu’est ce qui est « pris » exactement et qui prend quoi ? Prendre, cela peut relever d’une activité de prédation et dans ce cas-là, c’est d’une proie que l’on s’empare, ou bien plus généralement cela relève d’une activité où le sujet affirme sa présence, corporelle ou intellectuelle, dans un espace donné: on prend un siège, on prend la parole.
Prendre serait alors la manifestation d’un être de façon significative vis- à vis de l’extérieur, une façon de réclamer une attention, une manière de manifester sa présence d’une façon ou d’une autre vis- à vis d’autrui. Et c’est bien de cela dont il s’agit aujourd’hui avec la photographie, au moins pour une part.
A l’inverse de Balzac qui, au XIX ème siècle, pensait que chaque photo enlevait une couche de l’âme au sujet photographié, on a vraiment l’impression, avec l’invasion des photos sur les réseaux sociaux, que prendre une photo et la poster sur Facebook ou ailleurs, ajoute un supplément d’âme, voire est même la preuve de l’existence de celui qui la poste. En effet, lorsque je vois sur ces réseaux des tas de gens qui se photographient dans les activités les plus ordinaires et de façon presque addictive, je suis portée à me demander s’ils n’attendent pas de ces photos qu’elles attestent de leur existence, ce qui, alors, signifierait qu’ils ne sentent pas exister en dehors de cette existence virtuelle et en deux dimensions.
Se prendre en photo tous les jours, en train de partir au travail, de prendre le bus, de manger et tutti quanti et poster la photo via internet à ses correspondants potentiels, semble attester pour ces gens qu’ils n’ont l’impression d’exister qu’en fonction du regard des autres, qu’en fonction de cette manifestation de leur existence dans leur activité ordinaire, preuve qui n’est pas plus réelle que la photographie ne transcrit « la réalité ».
La photographie traduit avant tout un regard et une certaine prise de position dans le monde, elle ne saurait avoir prétention à restituer la réalité en toute authenticité, du moins tel que l’œil humain la voit, ne serait qu’en raison des limites de la technique et de la différence entre ce que voit un œil et ce qui peut être restitué par un capteur ou un film.
Par conséquent, on se trouve là devant un paradoxe, confier la preuve de réalité de son existence à une technique qui n’est que le produit d’un construit et d’une vision nécessairement subjective, confirmer le réel par le virtuel. La maxime de l’être humain n’est plus, comme au temps de Descartes, je pense, donc je suis, mais je poste donc je suis.
Je continuerai sur ce questionnement et ce paradoxe apparent lors de prochains billets

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